A l’Hospice Comtesse, Lille 3000 nous invite à découvrir l’Inde et son art populaire. Voyage en image à travers le temps. Dans la cour pavée, on ne peut pas le rater : un singe de 4 mètres de haut, l’air vaguement menaçant, cape au vent et bagues aux doigts. Les gamins sont effarés, les adultes amusés, tandis que les pigeons roupillent. Bienvenue à l’Hospice Comtesse. Le musée lillois accueille The Wise One, la créature de Bharti Kher, mais également l’expo Indomania, dédiée à l’art populaire indien. Explications : Le doyen de l’Ecole d’Art et Esthétique de l’université de Delhi a rassemblé une impressionnante collection d’images, du 19ème siècle à nos jours. Il a ainsi voulu montrer le rôle de l’imagerie dans la construction de l’identité culturelle et nationale indienne. J’en vois déjà qui baillent. Ceux là ont tort. Cette exposition est l’une des plus passionnante de l’ogre Lille 3000. Ici (c’est-à-dire là-bas, « ici » n’est qu’une figure rhétorique destinée à sortir le journaliste de l’embarras), l’art et l’histoire se mêlent. La colonisation britannique a introduit la sainte trinité (marchandise, publicité, consommation), et le commerce d’objets manufacturés (céramique, textiles, cigarettes, savon…) a favorisé la production massive d’images. La photographie naissante et le théâtre se sont imposés à la société indienne, véhiculant les stéréotypes ainsi que l’académisme européens. La multiplication des supports et des techniques (gravures, chromolithographie, oléographie, affiches…) a permis la constitution d’un gigantesque puzzle pictural, où le religieux, l’érotisme, la politique et la mythologie s’entrechoquent. L’éclectisme est de rigueur, dans cette foisonnante production, et les images s’accumulent joyeusement sur un même support. Nationalisme exacerbé En un siècle à peine, la représentation graphique s’est émancipée, créant un nouveau langage visuel. L’artiste transgresse l’unité de temps et d’espace, mélange les genres, pour mieux servir les intérêts nationaux. L’hindouisme pan-indien est en effet omniprésent, et l’exaltation des figures historiques est récurrente : personnages politiques (Nehru, Gandhi), et divinités (Bhârat Mata, Krishna, Hanuman) peuplent les collages parfois facétieux d’artistes inconnus. Le commerce religieux entre l’Europe et l’Inde a impulsé une nouvelle imagerie sacrée, tandis que l’administration coloniale imposait sa vision orientaliste d’un peuple indien fantasmé, constitué de danseuses lascives et d’artisans besogneux. J’arrête là mon exposé, aussi besogneux qu’un artisan indien fantasmé par le capitaine des lanciers du Bengale (on se réveille au fond de la classe). Je ne savais rien de tout cela avant de parcourir les allées de l’exposition Indomania. Alors, si vous voulez vous endormir moins idiot que votre voisin, précipitez vous à l’Hospice Comtesse. Amen.