Fer de lance supposé de la culture populaire, les maisons folies ouvrent leurs portes à l’Inde et à Lille 3OOO. Petit détour par Wazemmes. « Hello Lille, love & kisses from India ».C’est par ces mots de bienvenue, suspendus à la façade rouge brique, que la maison folie de Wazemmes accueille ses visiteurs. Moi j’aime les bisous. Et comme le programme annonce pas moins de 3 expos, au titre alléchant (Raghubir Singh, Rich Mix, et Bombay©Bombé, ça donne envie de soulever le couvercle, non ?), c’est avec un sourire un peu béat que je franchis les portes de la MFW. Il n’y a pas foule, et c’est tant mieux : il parait qu’on y trouve des œuvres interactives, et faire la queue au « grand huit » ou au « super looping » c’est pas mon truc. Le problème, je m’en aperçois vite, c’est que les expos ne sont pas très fournies non plus. « Tu voix Coco, l’art faut que ça respire ». Certes, mais le visiteur boulimique reste un peu sur sa faim. Les distraits noteront que l’expo Bombay©Bombé, rencontre entre les affichistes de Bollywood et des grapheurs lillois, s’étale à l’extérieur de la maison folie. Prière de lever le nez en arrivant, c’est plutôt réussi. Au rez-de-chaussée, le pop art du Rich Mix déroule mollement son concept de démocratie planétaire : jeu avec le regard, et détournement des références graphiques, par le biais d’œuvres qui témoignent de la diversité et du dialogue culturel. La véritable attraction est sans conteste le Sonic Bed, qui propose aux facétieux une expérience musicale et sensorielle apparemment indolore. Au creux du lit qui vibre et qui gronde, j’observe deux corps proche de la catalepsie. On dit que la compréhension de l’art requiert des efforts. C’est vrai, ici le visiteur doit retirer ses chaussures. Un bref instant, je songe à la fameuse photographie de J-M Messier, allongé sur son plumard, exhibant une chaussette trouée. Le grondement sourd qui emplit la pièce est peut être celui des actionnaires damnés de Vivendi. Culture et mégawatts Je file jeter un œil aux étages. Rich Mix encore, avec les portraits suspendus de Monarchs Of The East End, allégorie sociale et culturelle, et le dispositif interactif Kidzone, qui réagit au mouvement. Mouais, les visiteurs se pressent devant un mur noir, sans vraiment comprendre ce qui se passe. Amusant. Je passe distraitement dans la salle Fresh Asians, vaste projet de morphing communautaire, et je me plante devant les clichés vigoureux de Raghubir Singh, photographe d’une Inde contemporaine. On est loin de l’iconographie romantique de ses prédécesseurs. Ici, l’image témoigne de la multitude colorée des rues de Bombay, sans faux semblant. Pris d’une inspiration subite, je décide d’aller me recueillir à la maison de l’énergie vitale, qui a ouvert ses portes à quelques pas de la maison folie. Un peu de verdure, quelques banquettes dans un décor de western indien, le tout sponsorisé par EDF. Et pourquoi pas Total ? et pourquoi pas au Parc Astérix ? Siddhârta, reviens, ils sont devenus fous ! à ma gauche, un écran plasma distille les bons conseils d’une électricienne en mini jupe. On se croirait chez Castorama. A ma droite, une hôtesse en contrat précaire s’ennuie ferme. Je suis terrassé par ce temple de l’écologie de bazar, création hideuse des communicants d’EDF. Sur un panneau, je peux lire cette inscription remarquable : « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ». Je vais de ce pas demander à mes gamins ce qu’ils comptent faire des 58 centrales nucléaires qui fleurissent sur notre beau territoire.O.P.